Je ne rentre pas du Sénégal inchangé

Je ne rentre pas du Sénégal inchangé. Ayant fait l’effort de « m’inculturer » tout au long de cette année, que ce soit par l’apprentissage du wolof, de la cuisine, la vie dans le quartier. Certains disent que je suis presque devenu un Sénégalais. Je prends ceci comme un vrai compliment : insh’allah ! J’ai appris à vivre la téranga (l’hospitalité) sénégalaise, à m’ouvrir aux autres, à ceux qui m’entourent, à accepter les difficultés tout en gardant toujours le sourire, à savoir profiter de l’instant présent en prenant le temps... Ce qui malheureusement manque trop souvent dans notre pays. Cette confrontation avec cette culture nouvelle pour moi, m’a vraiment permis de prendre du recul sur la manière de vivre « à la française » que j’avais avant de partir, et de me rendre compte des richesses et des pauvretés de ces deux pays, ne fonctionnant vraiment pas de la même manière. J’ai aussi découvert et vécu la pauvreté matérielle : le manque d’eau, l’insalubrité, l’absence de frigidaire, d’internet, de climatisation. Dans un pays où les Français ont un niveau de vie de roi, j’ai découvert dans mon quartier populaire, la joie de la vie simple sans artifice, où l’on prend plaisir à aller au marché tous les jours, à faire sa lessive à la main, à discuter à l’ombre avec les amis. Comme me l’a fait remarquer un responsable de l’association, cette vie n’est pas hors du monde, mais une vérité qui se retrouve partout. La majorité de la population mondiale vit dans cette précarité matérielle et non dans le même confort que celui auquel j’ai été habitué toute ma vie. Et même si la pauvreté que j’ai vécue, était « choisie » et non pas « subie » comme mes amis, j’ai découvert qu’il est possible de trouver dans cet environnement plus de bonheur et de joie qu’en plein centre de Paris. Un an à vivre avec des enfants qui sont souvent délaissés par leur famille et qui ne recherchent que de l’attention, ce n’est pas une semaine. Une vraie relation s’est tissée, et je me rends compte aujourd’hui combien tous ces petits m’ont appris à aimer. Aimer d’un amour ouvert à chacun sans préjugé et sans rien attendre en retour. Savoir répondre aux besoins de chacun, et les éduquer. Aujourd’hui, ces visages avec qui j’ai vécu tout au long de cette année ne sont plus de simples enfants en quête d’affection comme il y en a tant au Sénégal, mais se sont mes enfants. Mis à part la mission de présence que Points-Cœur exerce au milieu du quartier et en apostolat, que je vous ai relaté dans mes différentes lettres, j’aimerais vous parler des ces deux autres piliers sur lesquels était basée ma vie : la vie communautaire et la vie de prière. La prière figure au centre de chacune des communautés Points-Cœur. Ce rythme de prière m’a permis d’approfondir ma foi. J’ai en quelque sorte, refait mon catéchisme, car je me rends bien compte combien j’étais ignorant de ce point de vue-là. Je n’étais pas vraiment sûr de ma foi avant de m’engager dans cette aventure, et ce rythme de prière me faisait un peu peur. Mais le Seigneur est tellement au centre de ma mission que j’ai rapidement compris pourquoi cela était nécessaire. On dit souvent qu’un volontaire Points-Cœur avant d’être un missionnaire humanitaire, est un chercheur de Dieu. Bien que ce n’était pas la raison première de mon engagement, je me sens après ces dix mois de mission, un peu plus sûr de ma foi. Je pense avoir trouvé plusieurs réponses aux questions que je me posais depuis longtemps et dont je n’osais pas ou dont j’avais la paresse d’aller chercher des réponses. Je ne vous cache pas que cela n’a pas été facile tous les jours, je m’interroge toujours beaucoup sur ce que je crois vraiment. Cette année en communauté m’a fait pleinement réaliser l’importance de l’Église dans la foi catholique. Comment la volonté de Dieu, là où nous mène l’Esprit Saint, ne nous a pas été montrée par notre seule pensée, mais par la vie en relation avec les autres, en acceptant leurs décisions même si nous sommes en désaccord. Je ne croyais pas vraiment mes formateurs avant de partir lorsqu’ils me disaient que la communauté allait sûrement être l’épreuve la plus difficile de ma mission, mais je comprends ce qu’ils voulaient dire aujourd’hui, et je suis capable de reconnaître combien vivre toute la journée avec quatre autres personnes de pays et âges différents m’a forgé en quelque sorte dans ma vie d’homme et de chrétien. Cela m’a d’abord révélé qui je suis vraiment, avec mes qualités et mes défauts. La vie communautaire est aussi une école de patience et de confiance, ce qui n’est franchement pas mon fort. Apprendre à être patient envers les autres et envers soi-même. Apprendre à faire confiance à la Providence, aux qualités de chacun. Apprendre à faire attention aux besoins de chacun de mes frères et sœurs. Savoir demander pardon et l’accepter des autres chaque jour, sans compter. Pour conclure ce petit bilan, Je vous dirais que cette année n’a pas vraiment été une année de vacances, même si parfois j’avais du mal à m’en convaincre. Je ne dirai pas que je suis parti faire une mission humanitaire, mais une mission humaine, où j’ai énormément grandi. J’étais parti pour découvrir le monde, une autre culture et les autres ; c’est chose faite. Même s’il me reste encore beaucoup à apprendre. Je suis persuadé que cette expérience me servira dans le futur, autant dans ma vie d’homme que dans ma vie de médecin. J’aimerais pouvoir vous faire le bilan de ce que ma mission a apporté aux enfants, mais Dieu seul le sait. Comme le dit la citation de Mère Theresa au début de cette lettre, ma mission n’est qu’une tout petite goutte dans un immense océan, mais j’espère qu’au moins, elle a eu l’effet réhydratant désiré pour tous ces petits cœurs assoiffés. Je vous les confie bien ces petits cœurs, qui ont tant besoin d’être aimé, ainsi que tous les autres que je n’ai pas eu la chance de rencontrer. Avec cette lettre, une très belle page de ma vie se tourne. Bien que mon année sénégalaise soit terminée, ma vie d’homme à la suite du Christ ne fait que commencer, où tout ce que Points-Cœur m’a appris aura beaucoup de chance d’être réutilisé. En effet, je commence lundi mon stage à l’hôpital, lieu représentatif par excellence de la souffrance humaine.


Extrait de la dernière lettre aux parrains de Charles en mission à Dakar, Sénégal



"L'essentiel, nous ne savons pas le prévoir. Chacun de nous a connu les joies les plus chaudes là où rien ne les promettait."

Antoine de Saint-Exupéry

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